« Mon ambition est d’enquêter sur une attaque à grande échelle »

Aseel Kayal, chercheuse en sécurité informatique au sein du groupe du Global Research & Analysis Team (GReAT) de Kasperky, partage ses idées pour vaincre les inégalités de genre dans le domaine de la sécurité informatique.

Ne pas t’être fixé d’objectifs dès le départ n’enlève rien à ta réussite.

Je ne suis pas nécessairement d’accord avec l’adage connu « Les filles qui ont des rêves deviennent les femmes qui ont de la vision », car indirectement, cela impliquerait que ce que nous sommes et serons soit déterminé par notre passé. Ne pas t’être fixé d’objectifs dès le départ n’enlève rien à ta réussite. Beaucoup de chemins mènent au succès : certains sont animés par leurs plus vieux rêves et espoirs, d’autres par un désir de changement et de progrès.

Selon le rapport 2021 sur les femmes dans la tech

38%
des femmes

considèrent que le faible nombre de femmes dans l’industrie de la tech les dissuaderait à s’engager dans le secteur. Et c’est ce qui rend important l’effet boule de neige dont on parle souvent. Cela semble une situation où il faut choisir entre l'œuf et la poule, on se demande si un afflux de femmes provoquerait des changements dans l’industrie ou si ce seraient plutôt de nouveaux comportements qui attireraient plus de femmes dans le secteur. En réalité, surtout avec l’influence du télétravail, le défi peut être pris par les deux bouts.

Selon Aseel, un environnement de travail favorable est indispensable.

Quand j’étais petite, j’avais deux grandes passions : résoudre des puzzles, et la lecture. Mes livres préférés étaient ceux de la saga Harry Potter, et mon héroïne préférée était Hermione Granger. En grandissant, je me suis découvert deux grandes passions qui étaient l’étude des sciences informatiques et la littérature anglophone, que j’ai étudiées à l’Université de Tel Aviv. Au bout d’un certain temps j’ai choisi de me concentrer sur la sécurité informatique et j’ai trouvé un emploi dans le secteur juste après l’obtention de mon diplôme. Cela fait donc 4 ans et demi que je travaille dans le domaine de la cybersécurité, et récemment, j’ai rejoint Kaspersky. J’ai toujours beaucoup admiré les recherches que mène Kaspersky, et j’étais heureuse de rejoindre cette équipe. C’est pour moi l’endroit idéal pour mener à bien les projets qui m’intéressent.

 

Kaspersky est une entreprise internationale et j’ai la chance de pouvoir travailler avec tant de personnes talentueuses du monde entier. J’apprends de nouvelles choses tout le temps grâce à mes collègues. Étant donnée la situation actuelle, la seule forme d’interaction que j’ai pu avoir avec eux a été en ligne, mais j’espère bientôt pouvoir les rencontrer en personne.

Ce que j’aime le plus dans mon travail, c’est qu’il y a toujours de nouvelles choses à apprendre, et les découvertes sont utilisées pour la bonne cause, pour la protection des personnes contre les menaces en ligne.

Mes recherches se concentrent sur les attaques ciblées et les APT, j’enquête principalement sur les groupes dangereux qui agissent au Moyen Orient, et le défi principal de ces travaux est de comprendre une situation globale à partir du faible nombre d’indices à notre disposition.

 

Ce que j’aime le plus dans mon travail, c’est qu’il y a toujours de nouvelles choses à apprendre, et les découvertes sont utilisées pour la bonne cause, pour protéger les gens contre les menaces en ligne. Mon ambition est d’enquêter sur une attaque à grande échelle, mais c’est à double tranchant, car j’espère qu’une telle attaque n’arrivera jamais et que l’on n’aura pas besoin de mes services.

Donner une chance aux jeunes femmes, les accompagner et leur faire découvrir le domaine pourrait être une façon de dépasser les représentations ancrées depuis longtemps dans la société.

 

 

 

Selon le rapport 2021 sur les femmes dans la tech, c’est le plus souvent par leurs propres recherches que les femmes découvrent les métiers du numérique (44%), ce qui montre que la responsabilité de construire leur carrière incombe avant tout aux individus eux-mêmes. Au total, c’est 10% de femmes en moins (33%) qui ont été encouragées par l’école ou l’université à trouver leur voie dans les nouvelles technologies ou le numérique. Et encore moins de femmes (19%) ont été encouragées à cela par des modèles d’identification féminins.

De ce que nous observons depuis quelques années, nous pouvons largement déduire que le nombre de femmes dans le numérique est en augmentation, mais c’est toujours dérisoire par rapport au nombre d’hommes, sans parler du manque de représentation des minorités. Quand on pouvait encore assister physiquement à des conférences et des événements, la différence entre le nombre d’hommes et de femmes était encore assez notable, mais j’espère que cela va changer dans le futur.

 

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l’inégalité de représentation des genres dans le numérique, et la société fait partie de ces facteurs. Je pense que le plus gros problème est le manque d’opportunités pour les jeunes femmes, ou plus généralement pour les jeunes qui débutent dans ce domaine. La barre est si haute dans le numérique que des candidatures ne sont parfois pas retenues par manque d’années d’expérience, d’un deuxième diplôme ou d’un certificat onéreux d’un institut réputé. Donner une chance aux jeunes femmes, les accompagner et leur faire découvrir le domaine pourrait être une façon de dépasser des représentations ancrées depuis longtemps dans la société.

 

Quant à savoir comment une femme peut gagner en confiance en tant que spécialiste informatique, je dirais que c’est par la pratique que l’on se perfectionne. Même si quelque chose semble difficile ou étranger de prime abord, le seul moyen de s’améliorer est simplement de s’exercer. Nous devons être plus patients avec nos propres faiblesses et nos échecs, car parfois, ils contribuent à nos meilleurs progrès dans l’apprentissage.

 

Il est aussi primordial de créer un environnement favorable, d’autant plus dans un milieu homogène où la « minorité » est souvent oubliée. Le meilleur conseil qu’on ait pu me donner dans ce sens est d’essayer et de me mettre dans la peau de l’autre. Ce n’est qu’en essayant de voir les choses du point de vue des autres et non pas de son propre jugement que nous comprendrons leurs combats, et serons capables de les entendre et de les soutenir.

 

Mon conseil aux femmes qui envisagent de se lancer dans le numérique est de ne pas se noyer dans trop d’informations. C’est un domaine immense avec beaucoup de branches, c’est pourquoi l’idéal est de débuter avec un objectif restreint, comme par exemple d’apprendre un langage de programmation, ou d’étudier les réseaux, et de progresser à partir de ce point.

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